Quels remords, quels regrets
Pour nous, ô gens de Figuig !
Où sont nos gens d'autrefois
Qui prenaient soin de Figuig ?
Hélas ô Ighzer
Au temps où nous étions témoins !
Quand tu étais bien considéré,
L’étranger ne pouvait te fouler !
Le raisin jonchait les terrains :
Personne n’y touchait.
Pour qu’un oiseau s’envolât des jardins
Il trouvait tant de peine.
Tout y était d’Arbres couvert
Et de palmiers pareils aux perles.
Babder n’était rien devant toi
Ni même pas Lamâader !
Un homme [aujourd'hui] âgé
Avait, autrefois, tant travaillé.
A l’âge où il était encore jeune marié
Des biens [vers sa maison] il ramenait :
Les choux dans des sacs de foin,
Dans des bissacs, les potirons.
Son âne ne pouvait traverser nos ruelles
Que s’il passait par Addareyyet.
Le courage de nos ancêtres,
De ceux qui retinrent l’eau,
Déplacèrent les dunes
Et plantèrent des palmiers.
Ni camion, ni automobile,
Tout se faisait sur ânes et "zembil".
[L'ouvrier d'antan] passait la journée à travailler chez toi
[Sans salaire], donne-lui seulement de quoi se nourrir.
Leur courage :
Ils prenaient un homme
L’égorgeaient,
Plantaient sur lui un palmier
Et disaient : « C’est ça le fumier »
Qui valait pour eux mieux que les engrais.
Le palmier malgré lui poussait
Et dans sa croissance, il ne s'arrêtait.
Nos pauvres ancêtres
N’avaient pas d’eau !
Ils se réveillaient dès l’aube
Et la puisaient depuis Ticharijin.
Leur éclairage se faisait au fanal
Et leurs moulins ronronnaient dès l’aube.
Le petit déjeuner et le déjeuner se faisaient avec [ce qui est moulu].
[Leur] pain était rugueux comme les sacs de blé.
Leur histoire est achevée.
L’autre est à aborder.
Les jeunes d’aujourd’hui
Ne sont que des maudits !
Ils veillent trop la nuit.
Du travail, ils ne sont pas séduits.
Ils dorment jusqu’à midi,
Des filles, ils sont épris.
Pour un rien, ils quittent [le pays]
Même avant leurs maturités.
L’affaire de la France
N’a laissé personne en paix.
Même encore jeune [enfant d'hier]
Il se trouve lancé
En quête d'un passeport
Afin d'en faire des tours.
Quand nous allons à l’étranger
Notre raison se trouve déchaînée.
Nous ne pensons pas aux conséquences
Des débauches et des boissons.
Quand nous entrons dans un bar
Nous nous mettons devant le comptoir.
Nous nous occupons du « Servez, servez ! »
Au point où nous oublions Dieu et son messager.
Qui très jeune s’est marié
Verra ce qu’il n’a jamais vu :
La souffrance d’une charge
Et l'impossibilité de rester hors de chez lui.
Toujours emporté,
Il ne cesse de répéter : « C'est trop de frais ! »
Au bout d'un au [de mariage]
Il divorce d’avec sa femme.