Qui sommes-nous ?
A qui voudrait nous connaître, aujourd’hui, nous dirons :
« Pour ceux qui ont une bouche insolente
Qui profère des immoralités ; voilà du fil, nous la lui coudrons.
»
Ouvre les livres d’Histoire et apprécie les mots justes.
Ce que je te dirai, rares sont ceux qui l’ont connu.
Même si la terre a une dalle dure à casser,
Son propriétaire l’a défoncée, il a conduit des foggaras et cultivé le sol.
Nos ancêtres se sont convertis à l’islam avec "Au nom de Dieu nous commençons.
Dieu, nous attendons qu’il achève en paix."
Pour nos invités : "aziza" dans de grands plats.
Qui vient nous conquérir de force qu’il aille interroger les tours.
C’est ce que nous sommes.
Nous marions nos filles sans rien exiger comme dot.
Dans nos querelles, nous sommes unis.
Le secret ne se divulgue pas.
Si par hasard nous ne nous comprenons pas,
Chacun de nous rentre chez soi.
C’est Dieu qui distribue les biens.
Un plat de couscous nous réunit. Y a-t-il qui ne l’a pas mangé ?
Ah si seulement il y avait de plat de couscous que l’on arroserait en sauce depuis le bassin de Chiblachi.
Que tu soit des riches où ta poche soit affaiblie,
Prépare un plat de couscous, tout le monde viendra t’épauler.
Notre théologien même s’il vous lit tant [de Coran].
Il n’accepte pas que vous lui offriez ni cent ni deux cent doros.
Il n'est pas comme celui qui ressemble au taxiphone.
Si l'on ne lui graisse pas la main, les numéros ne s’affichent pas.
Nous n’avons pas de ces gens qui font la manche : nos démunis sont cachés.
Même s’ils n’ont pas d’argent, ils n’osent pas mendier.
Nourriture en manque ou en abondance,
Nos démunis, nous les appelons pour qu’ils déjeunent ou dînent.
Quand quelqu’un, parmi nous, décède,
nous l’accompagnons quel qu’il soit.
Même si la route est large, elle se ferme de tant d'accompagnateurs.
Les tombes nous rappellent du sort qui nous sera réservé.
Nos tombes sont toutes construites de la même façon.
En vie ou dans la mort : il n'y a pas de différence entre riche et pauvre.
Ce sont les bons actes qui effacent tout mal fait.
Les tombes en marbre ne sont utiles en rien ni non plus les décors et les futilités.
Quand un incendie se déclare, tout le monde accourt.
Avec des seaux, en un coup d’œil, le travail à la chaîne commence.
Certains disent : « Tiens ! », d’autres : « Donne !
»
Nous n’attendons pas jusqu’à ce que les pompiers nous arrivent de Rabat.
Le Prophète conseilla d’aller chercher la science même en Chine.
C’est pour cette raison que nous rasons ce qui nous est cher comme nos cimetières.
Et nous y construisons tant de classes sans ces futiles protocoles d’inaugurations.
Quand l’Etat est venu "nous secourir", c'était pour bastonner nos militants.
C’est ce que nous sommes.
Entre nous et l'Etat, il n’y a pas d’amitié.
Lui est dans son camp. Droits, nous nous comportons.
Si nous avons des litiges, nos voisins nous arrangent.
Le juge n'est là que pour les papiers de mariage ou de divorce.
C’est ce que nous sommes.
Même près des frontières, nous ne faisons pas de la contrebande.
De ce que nous avons appris de nos ancêtres, nous n’osons pas manger de nourriture de la tricherie.
Pour gagner notre vie, nous préférons la dignité
Quitte à partir et à traverser les mers pour le travail forcé.
Neεlem id lajenyuṛ, nella neεlem cḥòal ukk ṭbib.
Chez nous, un docteur insémine les palmiers et laboure la terre.
Pour un homme intègre, tout travail est digne.
Le pire travail est celui de passer la journée les mains dans les poches.
Même si nous émigrons, l’émigration nous inquiète.
Nous ne coupons pas de lien avec le pays. Si nous résistons, c’est par renoncement.
Ceux avec lesquels nous avons partagé de la nourriture nous trouvent honnêtes.
Mais ceux qui nous trahissent, qu’ils le gardent dans le front.
C’est ce que nous sommes.
Le burnous d’un nanti
Est comme celui d'un démuni.
Les vêtements des femmes au ménage
Ne diffèrent guère de ceux des enseignantes.
Nos vêtements sont uniformes.
Nous n’aimons pas trop les couleurs.
Nous ne travaillons pas dans la clandestinité.
Nous ne suivons pas de chemin distordu.
Dans notre ville, il y a la sécurité, de jour comme de nuit.
Les clôtures de nos jardins ne sont dressées que contre les animaux et les enfants.
Quand on laisse sa porte ouverte, ses voisins surveillent à sa place.
Quand on ferme à clé, on la suspend à un clou visible. De voleur nous ne comptons pas.
Nous ne sommes pas tous nantis, nous avons des démunis.
Nous ne construisons pas de tentes, nous n’habitons pas des taudis.
Il y a sept classes où nos élèves sont pris en charge.
La Caisse Scolaire que nous avons est financée par des bienfaiteurs.
Qui a mal au dos à cause du rhumatisme qui l’a longtemps habité,
Qu’il vienne. Nous en avons le remède dans les dunes de sable.
Il transpirera doucement et tout son corps se mouillera.
Quand Tayeb lui aura donné sa sauce, toute déformation se dressera.
Nous avons battis tant de partis politiques, des débuts jusqu'à la fin.
Non pour en remplir nos porte-monnaie ni obtenir des postes.
Nous sommes dans la gauche et dans la droite.
Malgré cela, nous sommes d’accord. Ensemble, Figuig nous construirons.