Qu’avaient ces deux femmes
Qui, devant des juges, comparaissaient ?
Ô, vous femmes âgées !
Croyez-vous que divorcer
De Dieu est apprécié ?
La première [épouse] divorça
A cause de cinq dirhams.
Ne vous inquiétez pas !
Je vous conterai tout cela.
Une fois, il était,
Une belle-mère qui s’endettait.
Elle dit à sa bru : « Les cinq dirhams que voilà,
Tu les paies et vite, tu reviens là !
»
Elle prit le billet et le plia ;
Avec son voile le noua.
Et tant de nœuds, elle lui appliqua
Car sa perte, sa vie lui vaudra.
Ayant pris tous les soins,
La pauvre quitta le coin.
Arrivée devant le créancier,
Elle sortit son nœud pour payer.
L’argent n’y était pas !
Au bon Dieu, elle cria !
Elle rebroussa chemin
Et devant la vieille, elle raconta.
Oh quel ennui !
Aussitôt, ses bagages, elle plia.
Les peignes oublia,
Et n’y passa plus une nuit !
Ceux-là avaient des invités pour le dîner.
Bois et brindilles furent brûlés.
La belle-mère s’emporta
Du dîner qui tant lui coûta.
Quand tout, elle calcula,
En plus du beurre, cela lui valut une djellaba.
Le lendemain, au petit déjeuner,
Ils prirent le couscous qui de la veille restait.
Au déjeuner elle exigea de sa bru un thé,
Elle qui, jamais, ne le consommait.
Par respect et peur,
La bru se mit au labeur.
Elle se leva sans détour,
Et alluma une allumette au four.
Le piège aussitôt l’attrapa !
Et la belle mère s’emporta.
Elle lui dit : « Toi qui gaspillais l’allumette !
As-tu un cerveau ou de la boue ?
»
Avec tout ce que nous avons dépensé au dîner,
Nous n’utiliserons même pas les braises du foyer ?
Va-t’en canaille,
Jusqu’à ton passage du stage qui vaille,
Sur les aléas du vécu,
Pour te prétendre bru !
»
Celle-là a encore du henné en main !
Par un jour malsain,
Sa belle-mère sortit chez ses voisins
Pour les féliciter et en rapporter son plat.
La bru, sans souci,
Elle qui la laine devait filer, ne s’en donna pas la peine.
Son voile elle prit,
Le rinça et lava.
Si la belle-mère savait qu’un morceau de savon allait être dépensé,
Elle n’aurait pas dû aller féliciter.
La bru ne savait pas comme
Sa belle mère était économe.
A peine, chez elle, elle eut mis pieds,
Qu’elle aperçut trop de mousse déversée.
De rage, elle perdit sagesse !
La bru étalait son voile sur la terrasse.
Elle l’appela : « Descends ma belle !
»
Croyant qu’elle lui offrirait des navels,
Les marches, quatre à quatre, elle descendit
Et, toute blottie devant elle, attendit.
Elle lui dit : « Toi, ô ma douce,
Qui jetas ces mousses,
Ne sont-ils pas purs
A laver un tapis et deux couvertures !
»
D’ici tu dégages !
Et pas un clou du mur dans tes bagages !
»
Pour celles-là, ce fut un jour d’hiver,
Au patio cardait la belle-mère.
La bru, sur la terrasse montait.
Au soleil, elle s’exposait.
Pour que son temps ne soit perdu.
Elle prit un fichu.
Car elle fut un jour au centre
Où broder oiseaux et fleurs on montre.
La belle-mère croyait
Que la belle fille filait.
Elle attendit midi sans peine
Pour la voir finir sa laine.
Vers la terrasse, elle monta
Voir la laine qu’elle prépara.
Quand d’elle s’approchant,
Elle la trouva un cœur brodant.
Elle lui dit : – « Vois-tu mémère, ce qu’ils nous enseignèrent ? »
Elle rétorqua : – « Où est en premier ce que tu as filé ?
»
– « Ce jour, je ne me suis pas donné la peine ! »
– « Et pourquoi ?
»
Que la mort te prenne !
Nous évitions le travail des enfants,
Et te voilà nous brodant !
Dépêche-toi, que les bombes ne te ratent !
Dans la maison de ton père,
Tu brodes cœur ou rate !
Ici, c’est la maison de travail et de laine !
Avec toi, au bout d’un an, mon fils vivra en peine. »
Celle-ci fit une grasse matinée.
Elle n’y pouvait rien.
Quand sa belle-mère, du jardin, revint,
Elle la trouva sous des couvertures cachée.
Elle lui dit : « Ô Menna !
Le soleil, au ciel domina.
Celles de ton âge
Sont au cardage !
Toi, qui es fainéante,
Telle une charogne es morte !
Ecoute !
Si Moussa t’aime,
Va jusqu’à ce que de France, il revienne
Et vous faites ce qui vous accommode !
»
Maintenant, c’est moi qui commande.
Aux diables va-t’en !
Une bassine et un peigne tu prends !
Mais pas plus que ça !
Et ne reviens jamais par là ! »
Pour celles-là, c’est l’heure du déjeuner.
Le mari venait à peine de ses balades
Et alla se changer dans sa chambre.
Pour son couscous, la belle-mère avait un bout de beurre dans un doigt.
La bru cria : « Abderrahman ! »
Aussitôt, elle reçut sur le dos un coup l’assommant.
– « Ah ça alors c’est de l’insolence !
»
Est-ce mode ou arrogance ?
Moi, j’ai eu trois enfants avec mon mari ;
Je n’ai jamais osé lui dire en dehors de "lui".
Toi, l’insolente !
Tu l’appelles en le nommant !
Aujourd’hui, on te pardonne,
Mais dorénavant,
A ta bouche, tu appliques une rêne !
»