Amεayar

Vers

Ahya lwacun, ha sedet ri
L yicc n tenfuss i wi tt un neẓṛi.

Mεayarent sent n twacunin,
Yicc si leblad d yicc si beṛṛa.
Si ṣṣbaḥ llant din al tizzarnin.
Lmuqabalet tan tenzu tela.

Lbeṛṛaneyya tebda y lehḍeṛt.
Yellis n neblad teṣqeṛ i temert.

Tenna-y-as : – « Leεqab n ddunit,
Cḥal jaṛ am d tṛumit !

Iwa qqel dd ri, tessded mliḥ,
A tawessart iṭṭfen ttesbiḥ !

Iwa may zzeg sad am dd bdix ?
Wac si lḥayat nix si lmaεicet ?
Teẓṛid lbanan, teẓṛid lbettix ?
Ya mta d leksewt, tiṛḍed ccayet.

Ya mta tennid tεelmed tiyni,
Necni d rruj ad Lmaṛtini.

Ya day ukk ass tεelmed abelbul
Ad ccuṛba y cṛa d tameddit.
Mi twezzεem, tesem aqelqul.
Qaε mta bezzaff

Tu manges des brisures de blé le matin
Et les vermicelles tous les soirs.
Au boucher, c’est une tête que vous vous payez.
Au mieux, un demi-kilo de viande vous achetez.
aṛḍel n tqedditt.

Teẓṛid lḥubb inix lḥabib ?
Yac twalfed day leḥcic d leqlib.

Teẓṛid lbaṛ nix ssulima
Nix tḍuṛd ad wi texsed ?
»
– « Iwa wl tehbiled, a yellis n yuma :
Wa day mmunsew, tekkerd ad teṭṭṣed.
»

– « Rrcel ncemt, "ma cett lik ma nεid" :
Ha yni yi-dd yudu cemm, wi er tellid.

Al llilt n usray d leḥnni
Ad am inint : « Kker, a yelli.
Illa yerza cemm urgaz lhani.
Ha qa wl ixliq wala sad yili.»

Necni, mtanak u kides nεic,
Neẓṛ i wac d uṣbiḥ nix d ulyic.

Mta nemtafaq, nekker nexṭeb.
S rrcel ḍakuṛ ad ixleq menbeεd.
An nembeddal tiwinas n ddheb,
Iwa nsellem "xedd εla xedd".
»

Yellis n neblad iaḍ it lḥall.
Yac qrib qaε ay d as tkeḥḥel.

Wa tenna-y-as : – « Bent lmeḥḥṛuqa !
Tusid dd ri, a xfi da tfehmed !
Ac an wah, a yellis n Beṛqa.
Tessend ṛebbi nix Muḥemmed ?

Necni d lεib ernex d aεuṛiḍ
Tameṭṭut iffen bla wl tettesmiṛiḍ.

Nettc ad yicc tu ammu nekkur.
Inna-y-ax dd idjen akides nḍuṛ.

Ma bina day nuc as aḥjuṛ
Danis nekkwd su da wen nettubur.

Ccṛab, ac rem d ccenεet.
Wi ss un neswi yettusamma d nneyyet.

Lefḍuṛ zzis, ikk iḍ ac xlaṣ !

Wi xf ala tḥared u d am dd iqqim.
Qa mta yella cṛa, yella d lbeccim.

Ruḥ a lεifet, tṛaḥed a lhamaj !
Ammen tetcuṛed day s lmakeyyaj ! »

Yellis n tmurt "bent ḥnina".
Ammen cemm iyyu ṛebbi d zzina !

La zzwaq "u yeddik, la yxellik".
"Ya bent bladi, ttheḷḷa w xaṭik".

Illa yṛaḍa xfem nnbi d ṛṛṣul.
Beεda ddin nnem issa s lmeεqul.

Explication / Traduction

Ecoutez bonne gens
Un récit pour ceux qui ne l’ont pas connu.

Deux filles se querellaient :
L'une est de Figuig et l’autre de l'étranger.
Elles sont restées ainsi du matin à midi.
La querelle a coûté cher.

L’étrangère a entamé la parole.
La fille du pays s'est tenue dans un coin.

Elle lui a dit : – « Toi dernière du monde,
Tant de différence il y a entre toi et l'Européenne !

Regarde-moi et écoute bien,
Toi, oh vieille femme au chapelet !

Par où commencerai-je ?
Par ta vie ou par ta nourriture ?
As-tu vu la banane, as-tu vu le melon ?
Tu ne mets qu’une robe pour tout vêtement.

Si tu vantes les mérites de tes dattes,
Nous, nous avons du rouge et du Martinet.

Tu manges des brisures de blé le matin
Et les vermicelles tous les soirs.
Au boucher, c’est une tête que vous vous payez.
Au mieux, un demi-kilo de viande vous achetez.

Connais-tu l’amour ou l’amant ?
Tu n'es habituée qu'à l’herbe et au labourage des champs.

As-tu vu un bar ou un cinéma
Ou t’es-tu baladée avec ton amant ?
»
– « Hélas, chère dame :
[On ne fait que] dîner et aller se coucher.

– « Votre mariage, il n’y a pas de quoi être fier.
Dis-moi, toi maintenant, chez qui tu es.

Le jour précédant la nuit de [tes] noces,
On te dit : " Lève-toi, ô ma fille.
Un homme paisible t’a demandée.
On n’a pas connu comme lui et on n'en connaîtra jamais."

Nous, avec [notre prétendant] nous passons du temps
Pour nous assurer s’il est bon ou non.

Si nous nous accordons, fiancés nous serons.
Le mariage se fera après.
Des alliances en or nous échangeons,
Joue sur joue nous nous embrassons. »

La fille du bled s’est prise de colère.
Au visage, elle a failli lui lancer de la terre.

Elle lui a dit : – « Maudite fille !
Tu es venue chez moi pour blaguer !
Ah oui fille de Barqa.
Tu ne connais ni Dieu ni son messager.

Chez nous, c’est une honte
Une femme qui sort sans voile.

Une fille et moi nous marchions un jour.
Un homme nous a proposé de nous balader avec lui.

Nous lui avons lancé des pierres
Car nous avons peur de rester vieilles filles.

L’alcool est un prestige pour toi.
Niaise est la personne qui ne le boit.

Il accompagne votre déjeuner ;
au dîner c'est pire !

Tu n'as personne à craindre.
Si tu en as une, elle n’est que mauvaise laine.

Va-t'en racaille, va-t'en sauvage !
Comme tu es saturée de maquillage ! »

Fille du pays, affectueuse tu es.
Comme le Dieu t’a fait beauté !

Ni fard ni maquillage.
Fille du pays, continue ainsi.

Le messager de Dieu, son prophète, de toi est satisfait.
Ta foi est bien fondée.

Année de publication
1976
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