Ruḥ, ay anexdam

Vers

Ruḥ, ay anexdam a dd tawyed lidam.
Ata lmall n nejdud u-lli sad idam.

Wa ta yeffe si teṛi, iẓwa l lxarij.
Illa yṛaḥ l Ppari, yuḥel i tthimij.

Inna-y-as i yemmas : « Jujd i-dd lbaliz !
Tella tus dd lkunṭṛa ; ad ṛaḥex l Bariz.
»

Tenna-y-as : « A wldi, tellid d ameẓẓyan !
Ul εad xefc iwjib leblad n Iṛumyen.

Mta-y-anak texsed, wa qal cc si tzufrit.
Llix ḥarex zzic si cṛa n tṛumit. »

Inna-y-as : « A yemma, mawim ayu n ddunit ;

Ukan necni nεic day i tdwirit ?

Mar h an nṛaḥ an neqql mani zzg ala na.

An nṛaḥ an njeṛṛeb may d ax ala nessufe !
»

Tenna-y-as : « A weldi, ha mar ad icen ?
Wa day qabl iyi al mi d ac nercel.

Iwa la ya teẓwid, ssyin l el din,
Tellid teẓwid mhenni si ljihet n nwaldin.
»

Argaz ihwa, yuley, inna : « Ya Laṭif !
Tellid treddzid a yi teyyed i lmendif.

Ammen ala reclex, lmall inzu bessif.
Ul tufid wala d ayniw i lexrif.
»

Tenna-y-as : « A weldi, iwa ḷḷa yehdik !
Mta texsed, rrbeḥ, wa qal cc si ttbeεkik !
»

Ikker iḥezzem, ittkel s ṛebbi.
Ul temdi sebεeyyam, iqqes dd i ccanṭi.

Abrid nnes iserreḥ, qaε u dis iεḍil
Al d yiweḍ lbit nnes i luṭil.

Ikker inehhej din cṛa n yumayen.

Iẓṛu dis lεedjeb i tmurt n Iṛumyen.

Ixdem din asekkwas, idwel dd am leqcert
S lefhamat n ccifan d zzεaf n neεcert.

Mani yella wṣebbeḥ wala yella wejris,
Tafed t din i beṛṛa yettṛaεa ṭṭubiṣ.

Mikk ikemmel, i lejwayeh n tmeddit,
Sad iṛaḥ nican ad iwεed l lbit.

Ul iẓẓiṛ lqehwa wala ssulima.
Day abrid nnes itta zzis dima.

Mi yiweḍ lbit, yaf imeddukal :
Cṛa yuf i tṭaṛ as, cṛa yella yuḥel.

Idjen ad issired, idjen iseyyeq.
Wu mta yxeṣṣ cṛa, a t id isewweq.

Tadwireyt nsen "ma cett lik ma nεid" :
Cṛa yeṭṭeṣ s cṛa day am leṛwaf.

Xelqen din s εecṛa, εad u-lli bezzaf.

Mi n was n nḥedd, walu-y-areyyeḥ.
Amcan illa ywessex d cṛa yjeyyeḥ.

Mani deg sad afen cṛa n nnacaṭ ?
L ssaεet n yiṭeṣ mta εad tcaṭ dd (tcaṭ ṭ).

Qaε anccu y leεdab day s tinn ammu.
Argaz kulci yeẓṛ i, qaε majjabu.

ṛebbi yella-y-asn ukk uyen n izufray.
D ax dd illa yessiεic tamurt n Ifeyyey.

Llan din "cibeεḍin, naṛi ya naṛi" !
Jmiε may dd iṣewweṛ, iyr i y lkabaṛi.

Llan faten din cṛa n εecṛ snin,
Aqbun i lbeẓẓ nsen u d asen ss bnin.

Mikk illa wejris iwεed lqehwa.
Yut it εla ṣeṭṭac, yuf as lehwa.

Mikk ibda y lppukiṛ nix i lbazga,
Yini : « Lbeẓẓ ad εicen s baẓuga !
»

Mi yejmeε juj fṛenk, iṣṣuḍ as ukk alli.
Iṛaḥ iyr it i ttirsi amzun ul telli.

Mi d ac iameṛ d cṛa n tẓeεṛay,
Itta wi res din illan ikk Feyyey.

Explication / Traduction

Va, ô ouvrier, chercher la nourriture.
Le legs des ancêtres ne durera pas longtemps.

Il quitte les études et s’en va à l’étranger.
Destination Paris, il a assez de l’oisiveté.

Il dit à sa mère : « Prépare-moi ma valise !
Un contrat de travail m’est venu de Paris.
»

Elle lui dit : « Mon fils, tu es encore petit !
Tu n’as pas encore l’âge des pays des Roumis.

S'il te plaît, renonce à cette vie d'émigré.
Je crains pour toi qu'une Européenne [te prenne]. »

Il lui dit : « Pourquoi une telle vie, ô mère ;

Sommes-nous obligés de vivre toujours dans une masure ?

Il faut que j’aille trouver d'autres horizons

Pour tenter ce qui me sera bon !
»

Elle lui dit : « Ô mon fils, est-ce convenable ?
Reste avec moi jusqu’à ce qu’on te marie.

Même si après tu t’en vas là-bas,
Sans souci du côté de tes parents tu partiras.
»

Le fils médite et dit : « Ô Clément !
Toi, tu cherches à me pendre au piège.

Pour que je me marie notre terre a été vendue.
On ne trouve même pas une datte, l'automne.
»

Elle lui dit : « Mon fils, que Dieu t'oriente [vers le bon].
Si tu veux réussir, évite la dérision. »

Le fils se lève et se lance, sur Dieu il comptait.

Au bout d’une semaine, il se trouve dans des chantiers.

Son trajet est droit.
De temps il ne lui prend pas
Jusqu’à ce qu’il rejoigne sa chambre à l’hôtel.

Deux jours de repos il a pris.

Il a vu des merveilles au pays des Roumis.

Il y a travaillé une année et est devenu [pâle] comme une peau [de grenade]
A cause des ordres des chefs et des problèmes de la vie de société.

Dès le petit matin même s’il fait froid,
On le trouve attendant le bus hors [de son toit].

Quand il termine [sa journée] vers le soir,
Vers sa chambre il va tout droit.

Il ne voit ni café ni cinéma.
Il prend toujours le même chemin.

Quand il arrive dans sa chambre, il retrouve ses amis :
Certains ennuyés, d’autres épuisés.

L’un lave le linge, l’autre essuie la terre
Et l'autre achète ce qui manque.

Leur taudis ne vaut pas qu’on en parle :
Ils dorment les uns sur les autres comme dans des tiroirs.

Ils habitent à dix et ce n’est pas assez dit.

Le dimanche sans repos.
Le lit est sale et pourri.

Où trouveraient-ils un moment de jouissance ?
Au temps du sommeil s’il en reste.

Tout ce malaise c'est pour l’argent.
L’homme endure tout, il n'en fait pas de souci.

Que Dieu soit avec ces émigrés-là
Qui font vivre Figuig.

Il y a certains émigrés, quel regret !
Ils mettent tout l’argent gagné au cabaret.

Ils y sont depuis plus de dix ans.
Pour leurs enfants ils n’ont pas construit de maison.

Quand il fait froid, il se dirige vers le café.
Il plonge dans l’oisiveté et cela l'arrange.

Quand il entame les jeux de poker ou de carte
Il se dit que ses enfants vivront de la laine.

Quand il amasse deux sous, une idée lui vient.
Il va les jeter au tiercé comme s'ils n'ont pas existé.

Quand avec des blondes il s’aventure,
Il oublie ceux qu’il a laissés derrière lui à Figuig.

Année de publication
1978
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