Ttejnid

Vers

Atan, atan a yemma,
Wi yutefn i ttejnid
Atan, atan, a yemma,
Ixeṣṣ i wul n neḥdid.

Nεewwel s bermesyun,
A ss nisi y llεid n wyesum,
An nehwa l Ifeyyey,
An nẓeṛ lhell d leḥbab.

Wa d assu, d ayetca,
Al d taweḍ Σaṛafa.

I dd yus lqebṭan,
Bermesyun ul iban.

I ṣṣbaḥ n nexmis,
Nekker nenεel blis.
Neffe nenyu ṭṭubiṣ
D un nettmliqi d lbulis.

Wa nehwa y lgaṛaj.
Nekker nebr i jaj.
Al sad inqel lkaṛ,
Σad nelṣeg i deffer.

Lkaṛ ikk iqelleε,
Necni nenna nemneε.

Saεa yedjen n wul abercan
Qa w xefnex idji-y-amcan.

I dd yus lqebṭan,
Inna-y-as : « Mekki Σetman. »

Netta d Lεeṛbi wl Menṣeṛ,
Ata ṛewlen i lefjer.

Necni, nenna teḍmen.

Tamddit an nekkes leben
I lemεac un netci
Wa si nutf i lkeṛṭi :

Aṛum n nebṣel
D wutcu yfetlen ifeṣṣel.

ḥeṛṭiṭa mi teẓẓeṛ
Tif qa lmakelt n nεeṣkeṛ.

I kk nergeb s Ifeyyey,
Iεeṛḍ ax dd ujaḍaṛmey.

Iceyyr as i ccifuṛ
Ad isṛeyyeḍ lmutur.

Iwεed yawkan l deffer.

Nexleq din day lεeṣkeṛ :
Nettc d mmis n At Lmenṣeṛ,
ṃṃani tad Σumeṛ.

Inna-y-ax dd lkumanḍaṛ
Iyy as dd ttilifun.

Inna-y-as : « Σeṛḍ i lkaṛ.
Llan ṛewlen dd dis lwacun. »

Tu nεewwel an nenkeṛ :
« Necni w cay si lεeṣkeṛ. »

Ha lḥall i dd iẓeyyeṛ,
Ma bina day nqerr.

Ma bina day nehwa.
Lkaṛ, ikk nersu, yeẓwa.

Wa day qqaf qerqellaf
Neqqes dd i lbiru n ccaf.

Ibda ykk id ssu’al.
Yac nqerr qbel leεdab.
Mi nenna cṛa n wawal
Illa yqeyyed i y lektab.

Inṭeq dd : « Ha y lqeṛṭaṣ ? »

Yac u ernex illi y ljib.
Nnan as : « Ac xlaṣ !
Ṣelli εel ṛṛṣul leḥbib » !

Ikk fekkeṛn i lefṛac,
Yac afen walu lekwacc.
Wa nehwa l tiddart.
Lajip nedj it i Tecṛaft.

Sellmex s w iḥeḍṛen.
Qaε ayetma feṛḥen.

Wa illen yumatsen
Yus dd a kidsen iεeyyed.

Tenna yi-dd yemma :
« Yeṛεa, ul ttima.
Ax ac tahidurt.
Ata tella teṣmeḍ tmurt. »

Nni as : « Makan εlac.
Debbeṛ i-dd ukan i lekwacc.
Illa yettṛaεa wjaḍaṛmey.
Wa sad nsex ikk Feyyey. »

Tenna yi-dd : « A lewlid,
Mar manayen teyyid ?
Nix tṛewled dd si ttejnid
Ammen a ri teyyed llεid ? »

Tenna yi-dd : « A meskin,
Ul ittqiniε ḥedd lεeṣkeṛ,
Illa rec itnin,
Lεafit ad yiẓeṛ. »

Explication / Traduction

Ma mère, ô ma mère,
Celui qui va au service militaire,
Ma mère, ô ma mère,
Aura besoin d’un cœur en fer.

Nous comptions bénéficier d’une permission,
A obtenir pour la grande fête
Afin d'aller à Figuig
Voir nos familles et proches.

Du jour au lendemain,
Le jour d'Arafat est arrivé.

Quand le capitaine est venu,
De permission, il n’y avait plus.

Un jour de jeudi,
Nous nous sommes décidés.
Nous sommes sortis et nous avons trouvé un bus
Pour éviter de rencontrer la police.

Nous sommes descendus à la gare.
Nous nous sommes cachés à l’intérieur.
Au départ du car,
Nous nous sommes accrochés à lui.

Quand il a démarré,
Nous nous sommes crus sauvés.

Mais un homme au cœur noir
Dans notre recherche n’a écarté aucun lieu.

Quand le capitaine est arrivé,
Il lui a dit : « Mekki Atmane. »

Lui et Larbi O’Lmansar,
Ils ont déserté dès l’aube.

Nous nous considérions sauvés.

Le soir, nous allions nous régaler
Dans la nourriture que nous n’avons mangée
Depuis que nous nous sommes entrés à l'armée :

Le pain aux oignons
Et le couscous beurré et bien préparé.

Les crêpes bien beurrées
Valent mieux que toute nourriture de l’armée.

Quand de Figuig nous nous sommes approchés,
Un gendarme nous a arrêtés.

Il a fait signe au chauffeur
Pour qu’il arrête le moteur.

Il s'est dirigé aussitôt vers l’arrière.

Nous y étions tous militaires :
Moi et le fils d’At Elmansar,
Mmani et Omar.

Il nous a dit que le commandant
Lui a téléphoné.

Il lui a dit : « Arrête le bus
Car des déserteurs s’y trouvent. »

Nous comptions nier
Et dire : « Nous ne sommes pas de l’armée. »

Quand nous nous sentions coincés,
Nous n'avions qu'à avouer.

Nous sommes descendus.
A notre descente, le bus s'en est allé.

Après un petit rien du tout,
Nous nous sommes trouvés au bureau du chef.

Il a entamé son interrogatoire.
Nous avons avoué avant la torture.
Tout mot dit par nous
S'est trouvé consigné sur un livret.

Il a demandé : « Et les balles ? »

Si nous les avions dans nos poches.
Ils lui ont répondu : « Oh assez !
Priez pour le saint prophète. »

Quand [les gendarmes] ont pensé au couchage,
Ils se sont aperçus que de couvertures ils n'avaient pas.
A nos maisons nous sommes allés.
La jeep, à Tachraft, nous l'avons laissée.

J'ai embrassé les présents.
Tous mes frères étaient heureux.

Ils croyaient que leur frère
Est venu passer l'Aïd avec eux.

Ma mère m'a dit :
« Attends, ne t'assoie pas.
Tiens cette basane.
La terre est froide. »

Je lui ai dit : « Cela ne vaut pas la peine.
Trouve-moi seulement des couvertures.
Un gendarme m'attend.
Je vais dormir à Figuig d'en Haut. »

Elle m'a dit : « Ô mon fils,
Mais qu'aurais-tu fait ?
Ou tu t'es enfui du service
Pour passer l'Aïd avec moi ? »

Elle m'a ajouté : « Ô pauvre,
On ne contrarie pas les militaires,
Eux,
Le feu et les oueds. »

Année de publication
1974
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