Tazdayt

Vers

Ah si bufeqqus, cḥal d miẓiḍ !
Wi zzis iseḥḥern ad iẓum ass d yiḍ.

Illa dis ddwa y ṣṣḥiḥ d lemṛiḍ.

Iẓwa-y-ax dd un nessiwel, u-lli cay d lεib d aεuṛiḍ ?

Ddunit kulci yella dis, ixeṣṣ day bnadm ad iṣneε.

Si ljemmaṛ al iẓwṛan, qaε may teεlem tezdayt an nini yella d nnfeε :

Taẓyett, neyy it ukk dlas,
Tiqecbett d tsamess n yimas.

Tada, neyy it ukk ẓeṭṭa,
ṣaṛay, nfeṛḍ i s tṛeṭṭa.

Taqernift ukk herres,
Ccwari d tezgawt, nedr in s leεfeṣ.

Zzenbil, neyy i s lefdam,
atir ineffeε ikk ibbay d yicam n turdam.

Tada, neyyu zzis axḍuṛ,
Neεceq ayniw amenzu, neεceq i d aqbur.

Tiqecbett, nuṛaṛ zzis biṣbul,
ḥḍa mta tneṣl ac, ata temmud εla ṭul.

Nnwi, yebby i wmeẓẓyan, irr as dd lmeṣṛuf,
Iddi ss umeqqṛan, yuc i d lεelf.

S tẓeytt neyyu tifelwin.

ẓẓeṛṛaq islaha lbeẓẓ ad tbeẓẓiwin.

Elmedur d elxerget n tziwayin,
ccecc d rrcem i tiliwin.

Tizedmin, nuss int s uzella
Lεefṣat drent tasejjatt n tẓilla.

Ayniw, numes zzis ineẓla.

Lefḍuṛ dg ul tersi tiyni day nnehḷa.

Mi tella lgaylet, nutf ukk yellu.

Abẓiẓ mikk inḥes, issusm i wcellu.

Tiyni d zembu, neyyu zzisn asllu.

Ammu w dd iqqim yudu, ixleq ya llu.

S yixef n tṛeṭṭa nekks aceṛfa.

S yixef n tṛeṭṭa nessi dd lεafit si ljaṛ.

S yixef n tṛeṭṭa neyyu taneccacc n yiras.

S lεefṣet nezzi timas.

Cemm d lemεac amezwar i ṣṣabi men beεd leḥlib n yemmas.

U cemm iεaf uwessar dg issefṛuṛey hemm zzman maykk iεlem n temas.

Mani tellid ay Iẓeṛ, mani tellid a Tait, mani tellid a Lmelyas ?

I tu ikter lxir, amur tu tεelm i wla d Taḥeṛkaṣṣ,
Assu mani yella wmur ula y bab nnes.

I tu ikter lxir ankeḍ tu ittawy dd ussan d wussan.
Iḥezzm umeẓẓyan, iḥezzm umeqqṛan.

Ṣaṛay itcuṛ s lxir ;
tubeyt εad ikk iyṛan.

Day ibbay n temmin n zman an d ankeḍ n yudu :
Ankeḍ n tcukar mikk faten lemaṛeb am wenn dd illa yesṛewweḥ ṭṛabanḍu.

Neεceq cemm d taqburt,
Nxes cemm d tamenzut.

Nxes cemm d mayal
Sukk ḥlucem l umeṭṭal.

Ya tazdayt, ya tenn dg iḍaε, iẓwa lεerg n njdud.

Cḥal netcu si lxir nnem. Zzim ay zzeg nṛabba fud.

Taṛwa nnem bekri, zzaylet tu tettiḥar as i rrfud.

Assu, mi tuṛwed sent n tsefṛaḍ ; illa yenu cemm ubayuḍ.

Iḥy anax ṛebbi nεic al dd yaweḍ zzman amenkuḍ.

Ha yetnin fṛeqn anax, tawnin yyen lḥudud.

At zman cemm iẓẓan ay kidm iṛwan, tu ḥḍan cemm s lbaṛuḍ.

Nekker dd necni nesmeḥ dim, nεaf cemm.

Ha cemm temmud.

Argaz ittmetta s tmurt nnes waxxa n uḍṛaṛ d cennud.

Mta tu tfat, ayetca san nsemḥ i Bedad, nesmeḥ ukk Buxxud.

Wu d ljil itcen ḍanun : d bnadem un nessin uḍuḍ.

Wu d bnadem un netci timẓin : iwalfen day lemεac alḍuḍ.

Wu d ljil iṛabba tiwdi yili εad ul ikemmel unuḍ.

Bessif wenn iḥlucemn i ssima u cay am wenn iqlulben ukk luḍ.

Weḷḷeh a tiyni yeẓwan, weḥḥeqq ḷḷah lmeεbud.

Day tiṛṛet tella wkk ul. Illa yxeṣṣ it day uṣuḍ.

Nenna mi cemm neqneḍ an naly i sslalem
Mta lana nemmuter cemm wala si ṣṣḍuḥ.

Saεa tzayded ax dd lhemm s lhemm.

Nemmuter cemm tweṛed, tsekfed ṛṛuḥ.

I texleqd i ccbab nnem,
Wenn un netci bezzaff, illa yetcu-y-afuḥ.

Tiyni ybeṛṛeε dis bnadem.

ccecc d rrcem tu ittwaεaf d ubluḥ.

Ya tazdayt n nbur,
Ya taḥnint n wul !

Tṣebṛd i jjriḥt ad lḥeṛṛ n ṣṣif.

Waxxa w cemm nessiw,
Waxxa w cemm nenqic,
Qaε tettfekkeṛd anax si lexrif l lexrif.

Ya tazdayt, s lxirat nnem tessekkred dd ljil tabeε ljil.

Mta texḍid anx amani Miṣṛa yeqḍa xefs Nnil.

Explication / Traduction

Ô que "boufeqqous" est délicieux !
Qui en prend au shûr, jeûnera nuit et jour.

Il y a des remèdes pour les sains et pour les malades.

Nous l'avons perdu, nous n'avons pas parlé, n'est ce pas une honte ?

Tout est dans la vie, il suffit à l'homme de travailler.

De la pousse terminale aux racines, tout ce qu'un palmier possède est utile :

Nous utilisons au plafond son madrier,
La brosse de tissage est faite d'écaille de palmier.

Au tissage, nous utilisons la tige des palmes,
Nous balayons le patio avec la palme.

Nous utilisons sa raquette pour le lavage,
Nous nattons couffin et bissac avec ses folioles.

"Zembil" nous le faisons avec sa trame fibreuse,
L'épine sert à ramasser des dattes et à piquer des scorpions.

Avec la tige des palmes nous faisons des jauges.

Nous adorons la datte précoce, nous l'adorons conservée.

Avec son écaille, nous jouons au baseball,
Attention, si elle te tombe, tu as perdu tout au long du jeu.

Les noyaux, les enfants les ramassent et en font de l'argent,
Les âgés les pillent et les donnent comme fourrage.

Avec son bois, nous avons fait des portes.

"Zarraq" amuse garçons et filles.

La palme morte, le reste de régime de dattes,
Les dattes non fécondes et celles qui tombent sont pour les moutons.

Les gerbes, nous les attachons avec "azella"
Les folioles, nous les nattons pour le tapis de prière.

Nous appliquons la datte aux gerçures.

Un déjeuner sans dattes ne mérite pas qu'on le prenne.

En temps de canicule, nous entrons dans los bosquets de palmiers.

L'enfant criard par une masse de dattes est calmé.

Avec les dattes et la farine, nous faisons "asellou".

Ceci n'est plu, il fut autrefois.

Avec le bout de palme, nous enlevons les rebuts de blé.

Avec le bout de palme, nous allumons le feu depuis nos voisins.

Avec le bout de palme, nous faisons des éventails.

Avec la foliole, nous curons nos dents.

Datte, tu es première nourriture de bébé après le lait de sa mère.

Le vieux à qui les soucis de la vie n'ont épargné aucune dent, ne t'a pas abandonnée.

Où es-tu Ighzer ? Où es-tu Taghit ? Où es-tu Melyas ?

Au temps de prospérité, même pour Taherkass il y en avait une part.
Aujourd'hui, il n'y a de part même pour le propriétaire [de palmiers].

En temps d'abondance, la cueillette durait des jours et des jours.
Agés et jeunes se mettaient à l'œuvre.

Le patio plein de biens ; des dattes à ramasser restent encore dans le jardin.

Le reste des cueillettes d'autrefois vaut les cueillettes d'aujourd'hui :
La cueillette se fait avec des sachets au coucher de soleil, comme avec les produits de contrebande ramenés.

Nous t'adorons [datte] conservée.
Nous t'adorons [datte] précoce.

Nous t'adorons conservée par pendaison
Du berceau au tombeau.

Ô palmier, ô toi pour qui toute la sueur de nos ancêtres est fournie.

Nous avons tant mangé de tes biens. Grâce à toi nous sommes en bonne santé.

Ta récolte, les équidés peinaient à la transporter.

Aujourd'hui, quand tu donnes deux petits régimes, de fusariose tu meurs.

Dieu nous a gardés en vie jusqu'au temps des malaises.

Nous voilà séparés de toi ;
ils ont instauré des frontières.

Les gens d'autrefois t'ont planté et ont souffert pour toi, ils t'ont gardé avec des armes.

Nous voilà t'abandonner et te laisser.

Te voilà morte.

L'homme se sacrifie pour sa terre même si elle n'est que pierres et épines.

Si cela passe, demain, nous abandonnerons Baghdad et Boukhoud.

C'est la génération Danone : des hommes qui n'ont pas connu d'allaitement maternel.

Ce sont des hommes qui n'ont pas mangé d'orge : des habitués à la nourriture lisse.

C'est une génération élevée dans la peur avant même de finir son emmaillotage.

Celui qui rampe dans le ciment n'est pas comme celui qui se roule dans le sable.

Je jure au nom de Dieu, ô dattes confisquées, au nom du Dieu que nous prions,
La braise est dans le cœur, elle n'attend qu'à être soufflée.

Quand tu nous manques, nous montons dans des escaliers
Si jamais nous te voyons même de nos terrasses.

Hélas, tu nous as ajouté souci sur souci.

Nous te voyons pâle et agonisante.

Quand tu étais dans ta jeunesse,
Ce lui qui ne mangeait pas assez de toi, en mangeait un peu.

On se régalait dans les dattes.

Les dattes non fécondées, celles tombant avant la saison et celles non mûres étaient abandonnées.

Ô palmier non irrigué,
Ô toi au cœur doux !

Tu as tenu le cou dans le givre et dans la fournaise de l'été.

Même si nous ne t'arrosons pas,
Même si nous ne te binons pas,
Tu penses à nous d'automne en automne.

Ô palmier, avec tes biens tu as élevé des générations et des générations.

Sans toi, nous serons comme l'Egypte sans le Nil.

Année de publication
1984
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