Ulfan n at zman

Vers

Flana d flana may d asent ijṛan
Al d awḍent l lqaḍi ?

Cnimti ya siwt zman !
Wac tillemt ulfan
Ixs in Sidi ṛebbi ?

Tamezwart tellef
S mya ḍuṛu n ṣṣeṛf.

Irεa wel ttqelleq !
Ad ac inix manec texleq.

Ikkr ammu yedjen n wass,
Tamaṛt ixleq dis umeṛwaṣ,
Tenna-y-as i tesleyt : « Ha mya
Xellṣ it, dwel dd deya !
»

Teṭṭef dd ayen n nkaḍ, teṭwa ss,
Teyy as yicc n tissass
D maydum ir ḷḷeh ayekk cerwas,
Tessen mta tuḍa d aras.

Tecnu kulci s lehwa,
Tekkr meskina teẓwa.

Ikk tiweḍ bab nnes,
Tejbed dd ammn ad txelleṣ.

Taf mya wel tlli !
Teẓga l ṛebbi Lεali !

Aṛṛana tedwel dd l tiddart,
Tεawd as i twessart.

Wa din-din a meskin !
Tjemε as lqecc nnes,
Tetta εad timecḍin.
Walu ḥṛam ul tness !

Inu yyen amensi y ṭṭyaf.
Sseṛen may εelmen n uzimba, kemmlen zeltaf.

Ha tamaṛt yuly as dd zzεaf
S umensi dd imaqamen bezzaf.

Ikk teyyu leḥsab a sidi,
Taf texser ttaman n tqeccabt, beṛṛa n wudi.

Kkern abεda sfetḥen
S uyn n wutcu dd iṣebḥen.

I lefḍuṛ tenna-y-as : « Yy ax dd atay ! »

Ha tasleyt, u d as iεjib cay.

Iwa ṛakεaṛef s leḥya d tiwdi,
Ma biha day tekkr abeddi.

Tṛaḥ a sidi am urgaz.
Teḍṛu luqid, tceεεel biṭagaẓ.

Ha lmendif iḥkem !
Tamaṛt tekker tḥezzem.

Tenna-y-as : « Cemm iḍeṛn ayn n uqeccuḍ !
Wac tεelmed da-y-alli nix day d luḍ ?
»

Ha mar qa maykk nexser ukk mensi,
U dd nettceṭṭeṛ la d tiṛṛin dd iṣbeḥn ikk lemsi ?

Iwa ruḥ a lhamaj,
Al mi teyyid ṣṣṭaj
S lhemm n ddunit,
Tas dd ad txelqed d taslit !
»

Tu yella εad dis lḥenni ukk fus !
Dublvi yedjn n wass amenḥus,
Tamaṛt teffe l ljaṛ
Ad asen tesbarec, tawey dd xefsen leṭaṛ.

Taslit, sahla, mahla,
Tu sad tellem, tenna nnehḷa,
Teṭṭef dd asemmiṛeḍ,
Tub i, a ss tessired.

Tamaṛt, ameεla till sad iẓwa lqerc,
Ad tili tṭeṛk asbarec.

Aed teslit "ma εendha xbeṛ"
Binna tamaṛt tettceṭṭeṛ.

Nettet, day mεa ytaf,
Temmuter icuffa bezzaf.

Sa zzis iffe ṛṛuḥ !
Taslit tella tnettcṛ i ṣṣḍuḥ.

Tenna-y-as : « Hwa dd a zzin !
»

Till tella tiwy as dd cṛa n llettcin,
Tehwa dd ssellum ṛebεa, ṛebεa,
Tus dd zzates, tebda tettṛaεa.

Tenna-y-as : « A ṭṭṛifa,
Izeddeεn ayen n icuffa,
Ac tawn in εad nqan,
A disn irid ucḍif d senn n iεuban !
»

Iwa ruḥ ad teẓwid !
Wala d amesmir u ss ittsi si lḥiḍ !
»

Tinu d lweqt n tejress,
Tamaṛt ukk ṣaṛay ttherres.

Tasleyt tuley l ṣṣḍuḥ
A din tezzi-y-afuḥ.

Ul tis lweqt nns ad iḍaε,
Tekker tejbed dd ammu yedjen n neqnaε.

Danis ifat as texdem i nnadi,
Telmed aṭeṛṛeẓ n ibeṛḍalen d lewṛaḍi.

Tamaṛt, εla ḥsab makk tefhem,
Till taslit tella ttellem.

Teyy as leḥsab al ṭṭenεac,
Ad iqḍa may ers illan n uqerdac.

Iwa lḥaṣul tuly ad teqqel
Man ayn tella tejjujed n ccel.

Yudn a sidi xfes tergeb,
Taf it ttṭeṛṛeẓ lqelb.

Tenna-y-as : « Teqqeld a ḥenna, may dd nelmed ? »

Tenna-y-as : « Ha ma yella beεda may tellmed ?
»

– « Iwa w dis qaε nqiṛx ayu n wass ! »

– « Ha maer ? A yuc am ṛebbi ddehsas !
»

Nḥar i lexdemt n nbeẓẓ ;
Cemm telhid ax dd da d uṭeṛṛeẓ !

Kker, ay kker cemm nnfeḍ !
Al mi tellid i tiddart n ppam,
Tṭeṛṛeẓd ul nix ineṛfeḍ !

Tu d tiddart n ccel d telmi !
Ha cemm, asekkwas ad i-dd trazzid mmi ! »

Tu teṭṭeṣ al-d tencer tfuyt
ad day ierr it cciṭan.

I dd tṛewweḥ temaṛt sikk iyṛan,
Taf it jaṛ iεuban.

Tenna-y-as : « A Menna,
Mta d tfuyt tella tencer ukk jenna.

Ha tiqrinin nnem
Llant yalleh llem, llem !

Ha cemm iyyen lεifet,
Temmud i-dd d am ljifet !

Ham, ham, mtak ixes cemm Musa,
Ruḥ al mi dd yus si Fṛanṣa,
Teyyem manayen texsem !
»

Amma yudu, d nettc aykk illa yeḥkem.

Iwa ruḥ ad am iεeṛḍ !
Isi day tiirt d umceḍ !

Llix qqaṛ am lair !
Dd da wl ttḍuṛd ukk ir ! »

Tinu d lweqt n nefḍuṛ.

Argaz beḥṛa yella yṛewweḥ dd sukk ḍuṛ,
Yuley l tẓeqqa ad issenfel.

Tamaṛt tella tube dd ḍaḍ ukk qellal ad teftel.

Tasleyt tεeyyeḍ dd : « ebdeṛṛḥman ! »

Ul εad tkemmel, tu azeddiḥ ikk ceṛman :

– « Axxam, axxam, ikkas n nuqṛ !
»

Wac bik d lmuḍa nix d teεqeṛ ?

Nettc sseymex dd d urgaz tlata ;
mmeṛ d as εeyyḍex bir "netta".

Ha cemm iyyen lemḥeccma !
Tεeyyḍed as s wammen ss nsamma,

Iwa tan assu tfat am,
Walaynni ssya l zzat,
Imi nnem yy as lljam !
»

Explication / Traduction

Qu’avaient ces deux femmes
Qui, devant des juges, comparaissaient ?

Ô, vous femmes âgées !
Croyez-vous que divorcer
De Dieu est apprécié ?

La première [épouse] divorça
A cause de cinq dirhams.

Ne vous inquiétez pas !
Je vous conterai tout cela.

Une fois, il était,
Une belle-mère qui s’endettait.
Elle dit à sa bru : « Les cinq dirhams que voilà,
Tu les paies et vite, tu reviens là !
»

Elle prit le billet et le plia ;
Avec son voile le noua.

Et tant de nœuds, elle lui appliqua
Car sa perte, sa vie lui vaudra.

Ayant pris tous les soins,
La pauvre quitta le coin.

Arrivée devant le créancier,
Elle sortit son nœud pour payer.

L’argent n’y était pas !
Au bon Dieu, elle cria !

Elle rebroussa chemin
Et devant la vieille, elle raconta.

Oh quel ennui !
Aussitôt, ses bagages, elle plia.
Les peignes oublia,
Et n’y passa plus une nuit !

Ceux-là avaient des invités pour le dîner.
Bois et brindilles furent brûlés.

La belle-mère s’emporta
Du dîner qui tant lui coûta.

Quand tout, elle calcula,
En plus du beurre, cela lui valut une djellaba.

Le lendemain, au petit déjeuner,
Ils prirent le couscous qui de la veille restait.

Au déjeuner elle exigea de sa bru un thé,
Elle qui, jamais, ne le consommait.

Par respect et peur,
La bru se mit au labeur.

Elle se leva sans détour,
Et alluma une allumette au four.

Le piège aussitôt l’attrapa !
Et la belle mère s’emporta.

Elle lui dit : « Toi qui gaspillais l’allumette !
As-tu un cerveau ou de la boue ?
»

Avec tout ce que nous avons dépensé au dîner,
Nous n’utiliserons même pas les braises du foyer ?

Va-t’en canaille,
Jusqu’à ton passage du stage qui vaille,
Sur les aléas du vécu,
Pour te prétendre bru !
»

Celle-là a encore du henné en main !
Par un jour malsain,
Sa belle-mère sortit chez ses voisins
Pour les féliciter et en rapporter son plat.

La bru, sans souci,
Elle qui la laine devait filer, ne s’en donna pas la peine.

Son voile elle prit,
Le rinça et lava.

Si la belle-mère savait qu’un morceau de savon allait être dépensé,
Elle n’aurait pas dû aller féliciter.

La bru ne savait pas comme
Sa belle mère était économe.

A peine, chez elle, elle eut mis pieds,
Qu’elle aperçut trop de mousse déversée.

De rage, elle perdit sagesse !
La bru étalait son voile sur la terrasse.

Elle l’appela : « Descends ma belle !
»

Croyant qu’elle lui offrirait des navels,
Les marches, quatre à quatre, elle descendit
Et, toute blottie devant elle, attendit.

Elle lui dit : « Toi, ô ma douce,
Qui jetas ces mousses,
Ne sont-ils pas purs
A laver un tapis et deux couvertures !
»

D’ici tu dégages !
Et pas un clou du mur dans tes bagages !
»

Pour celles-là, ce fut un jour d’hiver,
Au patio cardait la belle-mère.

La bru, sur la terrasse montait.
Au soleil, elle s’exposait.

Pour que son temps ne soit perdu.
Elle prit un fichu.

Car elle fut un jour au centre
Où broder oiseaux et fleurs on montre.

La belle-mère croyait
Que la belle fille filait.

Elle attendit midi sans peine
Pour la voir finir sa laine.

Vers la terrasse, elle monta
Voir la laine qu’elle prépara.

Quand d’elle s’approchant,
Elle la trouva un cœur brodant.

Elle lui dit : – « Vois-tu mémère, ce qu’ils nous enseignèrent ? »

Elle rétorqua : – « Où est en premier ce que tu as filé ?
»

– « Ce jour, je ne me suis pas donné la peine ! »

– « Et pourquoi ?
»

Que la mort te prenne !
Nous évitions le travail des enfants,
Et te voilà nous brodant !

Dépêche-toi, que les bombes ne te ratent !
Dans la maison de ton père,
Tu brodes cœur ou rate !

Ici, c’est la maison de travail et de laine !
Avec toi, au bout d’un an, mon fils vivra en peine. »

Celle-ci fit une grasse matinée.
Elle n’y pouvait rien.

Quand sa belle-mère, du jardin, revint,
Elle la trouva sous des couvertures cachée.

Elle lui dit : « Ô Menna !
Le soleil, au ciel domina.

Celles de ton âge
Sont au cardage !

Toi, qui es fainéante,
Telle une charogne es morte !

Ecoute !
Si Moussa t’aime,
Va jusqu’à ce que de France, il revienne
Et vous faites ce qui vous accommode !
»

Maintenant, c’est moi qui commande.

Aux diables va-t’en !
Une bassine et un peigne tu prends !

Mais pas plus que ça !
Et ne reviens jamais par là ! »

Pour celles-là, c’est l’heure du déjeuner.

Le mari venait à peine de ses balades
Et alla se changer dans sa chambre.

Pour son couscous, la belle-mère avait un bout de beurre dans un doigt.

La bru cria : « Abderrahman ! »

Aussitôt, elle reçut sur le dos un coup l’assommant.

– « Ah ça alors c’est de l’insolence !
»

Est-ce mode ou arrogance ?

Moi, j’ai eu trois enfants avec mon mari ;
Je n’ai jamais osé lui dire en dehors de "lui".

Toi, l’insolente !
Tu l’appelles en le nommant !

Aujourd’hui, on te pardonne,
Mais dorénavant,
A ta bouche, tu appliques une rêne !
»

Année de publication
1980
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