Atan, atan a yemma,
Wi yutefn i ttejnid
Atan, atan, a yemma,
Ixeṣṣ i wul n neḥdid.
Ma mère, ô ma mère,
Celui qui va au service militaire,
Ma mère, ô ma mère,
Aura besoin d’un cœur en fer.
Nεewwel s bermesyun,
A ss nisi y llεid n wyesum,
An nehwa l Ifeyyey,
An nẓeṛ lhell d leḥbab.
Nous comptions bénéficier d’une permission,
A obtenir pour la grande fête
Afin d'aller à Figuig
Voir nos familles et proches.
Wa d assu, d ayetca,
Al d taweḍ Σaṛafa.
I dd yus lqebṭan,
Bermesyun ul iban.
Du jour au lendemain,
Le jour d'Arafat est arrivé.
Quand le capitaine est venu,
De permission, il n’y avait plus.
I ṣṣbaḥ n nexmis,
Nekker nenεel blis.
Neffeɣ nenyu ṭṭubiṣ
D un nettmliqi d lbulis.
Un jour de jeudi,
Nous nous sommes décidés.
Nous sommes sortis et nous avons trouvé un bus
Pour éviter de rencontrer la police.
Wa nehwa y lgaṛaj.
Nekker nɣebr i jaj.
Al sad inqel lkaṛ,
Σad nelṣeg i deffer.
Nous sommes descendus à la gare.
Nous nous sommes cachés à l’intérieur.
Au départ du car,
Nous nous sommes accrochés à lui.
Lkaṛ ikk iqelleε,
Necni nenna nemneε.
Saεa yedjen n wul abercan
Qa w xefnex idji-y-amcan.
Quand il a démarré,
Nous nous sommes crus sauvés.
Mais un homme au cœur noir
Dans notre recherche n’a écarté aucun lieu.
I dd yus lqebṭan,
Inna-y-as : « Mekki Σetman. »
Netta d Lεeṛbi wl Menṣeṛ,
Ata ṛewlen i lefjer.
Quand le capitaine est arrivé,
Il lui a dit : « Mekki Atmane. »
Lui et Larbi O’Lmansar,
Ils ont déserté dès l’aube.
Necni, nenna teḍmen.
Tamddit an nekkes leɣben
I lemεac un netci
Wa si nutf i lkeṛṭi :
Nous nous considérions sauvés.
Le soir, nous allions nous régaler
Dans la nourriture que nous n’avons mangée
Depuis que nous nous sommes entrés à l'armée :
Aɣṛum n nebṣel
D wutcu yfetlen ifeṣṣel.
Ḥeṛṭiṭa mi teẓẓɣeṛ
Tif qa lmakelt n nεeṣkeṛ.
Le pain aux oignons
Et le couscous beurré et bien préparé.
Les crêpes bien beurrées
Valent mieux que toute nourriture de l’armée.
Ikk nergeb s Ifeyyey,
Iεeṛḍ ax dd ujaḍaṛmey.
Iceyyr as i ccifuṛ
Ad isṛeyyeḍ lmutur.
Quand de Figuig nous nous sommes approchés,
Un gendarme nous a arrêtés.
Il a fait signe au chauffeur
Pour qu’il arrête le moteur.
Iwεed yawkan l deffer.
Nexleq din day lεeṣkeṛ :
Nettc d mmis n At Lmenṣeṛ,
Ṃṃani taɣd Σumeṛ.
Il s'est dirigé aussitôt vers l’arrière.
Nous y étions tous militaires :
Moi et le fils d’At Elmansar,
Mmani et Omar.
Inna-y-ax dd lkumanḍaṛ
Iyy as dd ttilifun.
Inna-y-as : « Σeṛḍ i lkaṛ.
Llan ṛewlen dd dis lwacun. »
Il nous a dit que le commandant
Lui a téléphoné.
Il lui a dit : « Arrête le bus
Car des déserteurs s’y trouvent. »
Tuɣ nεewwel an nenkeṛ :
« Necni w cay si lεeṣkeṛ. »
Ha lḥall i dd iẓeyyeṛ,
Ma bina day nqerr.
Nous comptions nier
Et dire : « Nous ne sommes pas de l’armée. »
Quand nous nous sentions coincés,
Nous n'avions qu'à avouer.
Ma bina day nehwa.
Lkaṛ, ikk nersu, yeẓwa.
Wa day qqaf qerqellaf
Neqqes dd i lbiru n ccaf.
Nous sommes descendus.
A notre descente, le bus s'en est allé.
Après un petit rien du tout,
Nous nous sommes trouvés au bureau du chef.
Ibda ykk id ssu’al.
Yac nqerr qbel leεdab.
Mi nenna cṛa n wawal
Illa yqeyyed i y lektab.
Il a entamé son interrogatoire.
Nous avons avoué avant la torture.
Tout mot dit par nous
S'est trouvé consigné sur un livret.
Inṭeq dd : « Ha y lqeṛṭaṣ ? »
Yac u ɣernex illi y ljib.
Nnan as : « Ac xlaṣ !
Ṣelli εel ṛṛṣul leḥbib » !
Il a demandé : « Et les balles ? »
Si nous les avions dans nos poches.
Ils lui ont répondu : « Oh assez !
Priez pour le saint prophète. »
Ikk fekkeṛn i lefṛac,
Yac afen walu lekwacc.
Wa nehwa l tiddart.
Lajip nedj it i Tecṛaft.
Quand [les gendarmes] ont pensé au couchage,
Ils se sont aperçus que de couvertures ils n'avaient pas.
A nos maisons nous sommes allés.
La jeep, à Tachraft[1], nous l'avons laissée.
Sellmex s w iḥeḍṛen.
Qaε ayetma feṛḥen.
Wa ɣillen yumatsen
Yus dd a kidsen iεeyyed.
J'ai embrassé les présents.
Tous mes frères étaient heureux.
Ils croyaient que leur frère
Est venu passer l'Aïd avec eux.
Tenna yi-dd yemma :
« Yeṛεa, ul ttɣima.
Ax ac tahidurt.
Ata tella teṣmeḍ tmurt. »
Ma mère m'a dit :
« Attends, ne t'assoie pas.
Tiens cette basane.
La terre est froide. »
Nniɣ as : « Makan εlac.
Debbeṛ i-dd ukan i lekwacc.
Illa yettṛaεa wjaḍaṛmey.
Wa sad nsex ikk Feyyey. »
Je lui ai dit : « Cela ne vaut pas la peine.
Trouve-moi seulement des couvertures.
Un gendarme m'attend.
Je vais dormir à Figuig d'en Haut. »
Tenna yi-dd : « A lewlid,
Mar manayen teyyid ?
Nix tṛewled dd si ttejnid
Ammen a ɣri teyyed llεid ? »
Elle m'a dit : « Ô mon fils,
Mais qu'aurais-tu fait ?
Ou tu t'es enfui du service
Pour passer l'Aïd avec moi ? »
Tenna yi-dd : « A meskin,
Ul ittqiniε ḥedd lεeṣkeṛ,
Illa ɣrec itnin,
Lεafit aɣd yiɣẓeṛ. »
Elle m'a ajouté : « Ô pauvre,
On ne contrarie pas les militaires,
Eux,
Le feu et les oueds. »
[1] Place Tachraft, au centre du ksar Zenaga.