Ruḥ, ay anexdam a dd tawyed lidam.
Ata lmall n nejdud u-lli sad idam.
Va, ô ouvrier, chercher la nourriture.
Le legs des ancêtres ne durera pas longtemps.
Wa ta yeffeɣ si teɣṛi, iẓwa l lxarij.
Illa yṛaḥ l Ppari, yuḥel i tthimij.
Il quitte les études et s’en va à l’étranger.
Destination Paris, il a assez de l’oisiveté.
Inna-y-as i yemmas : « Jujd i-dd lbaliz !
Tella tus dd lkunṭṛa ; ad ṛaḥex l Bariz. »
Il dit à sa mère : « Prépare-moi ma valise !
Un contrat de travail m’est venu de Paris. »
Tenna-y-as : « A wldi, tellid d ameẓẓyan !
Ul εad xefc iwjib leblad n Iṛumyen.
Elle lui dit : « Mon fils, tu es encore petit !
Tu n’as pas encore l’âge des pays des Roumis.
Mta-y-anak texsed, wa qal cc si tzufrit.
Llix ḥarex zzic si cṛa n tṛumit. »
S'il te plaît, renonce à cette vie d'émigré.
Je crains pour toi qu'une Européenne [te prenne]. »
Inna-y-as : « A yemma, mawim ayu n ddunit ;
Ukan necni nεic day i tdwirit ?
Il lui dit : « Pourquoi une telle vie, ô mère ;
Sommes-nous obligés de vivre toujours dans une masure ?
Mar h an nṛaḥ an neqql mani zzg ala naɣ.
An nṛaḥ an njeṛṛeb may d ax ala nessufeɣ ! »
Il faut que j’aille trouver d'autres horizons
Pour tenter ce qui me sera bon ! »
Tenna-y-as : « A weldi, ha mar ad icen ?
Wa day qabl iyi al mi d ac nercel.
Elle lui dit : « Ô mon fils, est-ce convenable ?
Reste avec moi jusqu’à ce qu’on te marie.
Iwa la ya teẓwid, ssyin l ɣel din,
Tellid teẓwid mhenni si ljihet n nwaldin. »
Même si après tu t’en vas là-bas,
Sans souci du côté de tes parents tu partiras. »
Argaz ihwa, yuley, inna : « Ya Laṭif !
Tellid treddzid a yi teyyed i lmendif.
Ammen ala reclex, lmall inzu bessif.
Ul tufid wala d ayniw i lexrif. »
Le fils médite et dit : « Ô Clément !
Toi, tu cherches à me pendre au piège.
Pour que je me marie notre terre a été vendue.
On ne trouve même pas une datte, l'automne. »
Tenna-y-as : « A weldi, iwa Ḷḷa yehdik !
Mta texsed, rrbeḥ, wa qal cc si ttbeεkik ! »
Elle lui dit : « Mon fils, que Dieu t'oriente [vers le bon].
Si tu veux réussir, évite la dérision. »
Ikker iḥezzem, ittkel s Ṛebbi.
Ul temdi sebεeyyam, iqqes dd i ccanṭi.
Le fils se lève et se lance, sur Dieu il comptait.
Au bout d’une semaine, il se trouve dans des chantiers.
Abrid nnes iserreḥ, qaε u dis iεḍil
Al d yiweḍ lbit nnes i luṭil.
Son trajet est droit. De temps il ne lui prend pas
Jusqu’à ce qu’il rejoigne sa chambre à l’hôtel.
Ikker inehhej din cṛa n yumayen.
Iẓṛu dis lεedjeb i tmurt n Iṛumyen.
Deux jours de repos il a pris.
Il a vu des merveilles au pays des Roumis.
Ixdem din asekkwas, idwel dd am leqcert
S lefhamat n ccifan d zzεaf n neεcert.
Il y a travaillé une année et est devenu [pâle] comme une peau [de grenade]
A cause des ordres des chefs et des problèmes de la vie de société.
Mani yella wṣebbeḥ wala yella wejris,
Tafed t din i beṛṛa yettṛaεa ṭṭubiṣ.
Dès le petit matin même s’il fait froid,
On le trouve attendant le bus hors [de son toit].
Mikk ikemmel, i lejwayeh n tmeddit,
Sad iṛaḥ nican ad iwεed l lbit.
Quand il termine [sa journée] vers le soir,
Vers sa chambre il va tout droit.
Ul iẓẓiṛ lqehwa wala ssulima.
Day abrid nnes ittaɣ zzis dima.
Il ne voit ni café ni cinéma.
Il prend toujours le même chemin.
Mi yiweḍ lbit, yaf imeddukal :
Cṛa yuf i tṭaṛ as, cṛa yella yuḥel.
Quand il arrive dans sa chambre, il retrouve ses amis :
Certains ennuyés, d’autres épuisés.
Idjen ad issired, idjen iseyyeq.
Wu mta yxeṣṣ cṛa, a t id isewweq.
L’un lave le linge, l’autre essuie la terre
Et l'autre achète ce qui manque.
Tadwireyt nsen "ma cett lik ma nεid" :
Cṛa yeṭṭeṣ s cṛa day am leṛwaf.
Xelqen din s εecṛa, εad u-lli bezzaf.
Leur taudis ne vaut pas qu’on en parle :
Ils dorment les uns sur les autres comme dans des tiroirs.
Ils habitent à dix et ce n’est pas assez dit.
Mi n was n nḥedd, walu-y-areyyeḥ.
Amcan illa ywessex d cṛa yjeyyeḥ.
Le dimanche sans repos.
Le lit est sale et pourri.
Mani deg sad afen cṛa n nnacaṭ ?
L ssaεet n yiṭeṣ mta εad tcaṭ dd (tcaṭ ṭ).
Où trouveraient-ils un moment de jouissance ?
Au temps du sommeil s’il en reste.
Qaε anccu y leεdab day s tinn ammu.
Argaz kulci yeẓṛ i, qaε majjabu.
Tout ce malaise c'est pour l’argent.
L’homme endure tout, il n'en fait pas de souci.
Ṛebbi yella-y-asn ukk uyen n izufray.
D ax dd illa yessiεic tamurt n Ifeyyey.
Que Dieu soit avec ces émigrés-là
Qui font vivre Figuig.
Llan din "cibeεḍin, naṛi ya naṛi" !
Jmiε may dd iṣewweṛ, iyr i y lkabaṛi.
Il y a certains émigrés, quel regret !
Ils mettent tout l’argent gagné au cabaret.
Llan faten din cṛa n εecṛ snin,
Aqbun i lbeẓẓ nsen u d asen ss bnin.
Ils y sont depuis plus de dix ans.
Pour leurs enfants ils n’ont pas construit de maison.
Mikk illa wejris iwεed lqehwa.
Yut it εla ṣeṭṭac, yuf as lehwa.
Quand il fait froid, il se dirige vers le café.
Il plonge dans l’oisiveté et cela l'arrange.
Mikk ibda y lppukiṛ nix i lbazga,
Yini : « Lbeẓẓ ad εicen s baẓuga[1] ! »
Quand il entame les jeux de poker ou de carte
Il se dit que ses enfants vivront de la laine.[2]
Mi yejmeε juj fṛenk, iṣṣuḍ as ukk alli.
Iṛaḥ iyr it i ttirsi amzun ul telli.
Quand il amasse deux sous, une idée lui vient.
Il va les jeter au tiercé comme s'ils n'ont pas existé.
Mi d ac iɣameṛ d cṛa n tẓeεṛay,
Itta wi ɣres din illan ikk Feyyey.
Quand avec des blondes il s’aventure,
Il oublie ceux qu’il a laissés derrière lui à Figuig.
[1] Taḍuft ittwakksen s eljir.
[2] Allusion à l'activité par laquelle les mères pouvaient gagner un peu d'argent.