Assu (lmejmeε ibhan)

Explication / Paroles / Traduction

Assu (lmejmeε ibhan)  (1992)

Assu an nqedd an nesseεla ḍaḍ
Nini nella da y wi nax irzan.
Mi nemfeṛṛaq, nella nfess am lkaḍ.
Mi nemjemmaε, nella neẓẓay i lmizan.

Aujourd'hui  (l'adorable conseil)[1]  (1992)

Aujourd'hui, nous pouvons lever notre doigt
Et dire que nous sommes là à ceux qui nous demandent.
Désunis, nous sommes légers comme une feuille,
Réunis nous pesons sur la balance.

Si zman a lwacun nella nettṛaεa
Yur n uyu n wass milmi sa dd iban.
Lḥemdu lillah : ha leqṣuṛ s sebεa
Mlaqan dd ukk uyu n nmjemε ibhan.

Depuis très longtemps, ô gens, nous sommes dans l'attente de
L'apparition de la lune de ce jour.
Dieu merci : nos sept ksour
Sont réunis dans cet adorable conseil.

La wu d aceṛqey, la wu d aɣeṛbey.
Nus dd an nemsamaḥ, netta ymenɣan.
Tella tejmeε dd anax tmurt n Ifeyyey
Dd issyemn irgazen issnen day nican.

On ne doit dire] ni celui-ci vient de l'est, ni celui-là vient de l'ouest.
Nous sommes venus nous réconcilier et nos dissensions oublier.
Nous a rassemblés la terre de Figuig
Qui éleva des hommes qui ne connaissent que la droiture.

Walakin ha mar iccan ?
Tamurt d ax dd iyyen lεezz d ccan
Mani nṛaḥ i cṛa d amcan,
A tt nedj i lmusteqbel abercan ?

Mais comment est-ce possible ?
La terre qui nous fait gloire et prestige
Là où nous allons partout,
A un avenir sombre nous l'abandonnons ?

Weḥḥeqq ajenna-y-aziza
D maykk niṛḍ ukk xidus,
Weḥḥeqq maykk nbeṛṛeε ukk ziza
D lεeṣyan aged bufeqqus,
Weḥḥeqq maykk ncaṛk i twiza
Bla ṭṭmeε, bla leflus,

Au nom du ciel bleu
Et tous les burnous que nous avons mis,
Au nom de nos jouissances avec "aziza"
"Laassyan" et "boufeqqous",[2]
Au nom de nos participations à "twiza"[3]
Sans convoitise, ni argent,

Ya tamurt d ax dd djen lejdud d lamanet,
San nekker, an nḥezzem ammen xefs ala nekkes lhant.

Pour la terre que nos ancêtres nous ont fiée,
Nous allons ceindre nos reins et l'honorer.

Nella neyyu ḥubba un nessin wi deg tella tensu.
Wac ikk at zman nix an nini y lbeẓẓ ?
Anccu ay leɣbeṛt xfenx illa yersu
Tella tiweḍ lwqt ammen tt ala nhezz.
U-lli sa tt nedj al ayetca, san nebda-y-assu.
A dd neḥya lmaḍi d leyyamat n nεezz.

Nous avons joué aux osselets, nous ne savons pas à qui est le tour.
Est-ce aux âgés, est-ce aux enfants ?
Toute cette poussière qui sur nous s'est déposée
Viendra le temps où l'on doit l'épousseter.
Nous n'allons pas le reporter à demain, nous commençons aujourd'hui.
Nous revivrons le passé et les jours de gloire.

U-lli san netta tamenfuli nuṛaṛ ikk sqifen
Ula may nedfa ukk cu n icḍifen.
U-lli san netta ccwaṛej deg nuṛaṛ iknifen
Ula leɣdir deg netcu weɣṛifen.

Nous n'oublierons pas le cache-cache que nous avons joué dans les rues
Ni la chaleur de nos lits.
Nous n'oublierons pas les bassins où nous avons fait des roulades
Ni la gadoue où nous avons croqué des verglas.[4]

U-lli san netta yḍuṛaṛ deg netcu-y-alamen
Ula yɣeẓṛan zzeg dd nesṛewweḥ imasanen.
Neṭṭef dd id ṣkaṛabila, neṭṭef dd iḥerdanen.
Nuley aḍṛaṛ n Teɣla nreggeb s At Winifen.
"Tamelli, tazewɣi, tarriss i w ibedden."
Aɣyul d bahumusa, tɣardemt i wi d as iqedden.

Nous n'oublierons pas les montagnes où nous avons mangé des tubercules
Ni la rivière d'où nous ramenions des ânées [de bois ou d'herbe].
Nous attrapions des scarabées, nous attrapions des fouette-queues.
Nous escaladions la montagne Taghla, nous regardions vers Beni-Ounif.[5]
"Blancheur, rougeur, marne pour celui qui se met debout".[6]
Pont, équilibre et jeu d'arbre pour ceux qui le pouvaient.

Ha nikker, ha ccit,
Ha cqerni, ha tamceṭṭ taɣeṛbit,

Nikker, échecs aux chevaux[7]
Saute-mouton, peigne de l'ouest[8]

Ha gerraba, ha ddilahu,
Ha zaff n wu ykk xef n wu,

Guerraba, jeu de corde,
Le poil de celui-ci dans la tête de celui-là,

Ha bbay mahi bbay,
Ha ttcin tticn εla ḅaḅay,
Marelle,
Tchin-tchin-ala-babay,
Ha baqbaq,

Ha-y-amesfeṛṛaq, 
Ha ẓẓeṛṛaq,
Ha menhad-lḥiḍ i ṣṣqaq, 
Baqbaq,
 

Dispersions,[9]
Zarraq[10],
"A qui est ce mur" dans les rues[11],

Wac kfat inix εad ?
Ha mmet, ha leεdad,
Ha lemsibεat, ha-y-axbaḍ,
Ha lminat, ha-y-amsenfaḍ.

Assez ou encore ?
Voilà "mmet", voila "laadad",
Voilà les osselets, voilà "akhbad"[12]
Voilà le jeu des mines, voilà les combats.

Mi wel tuɣi tbica, neyyu qaccuḍ.
Cḥal neyy ay leftuḥ s uluḍ.

Quand il ne pleuvait pas, nous organisions des prières.
Aux trous avec de la boue, nous avons tant joué.

Ha ḥinna, ha lemḥinina,
Man fus illan s ujenna ?

Voilà les jeux à la ronde,
A qui est la main du dessus ?[13]

I Talebbuss d Iqudas nelmed taḥnucc.
I ccwaṛej nuṛaṛ lbuḥuc.

A Talepousse et à Iqoudas, nous avons appris la natation
Dans les bassins, nous avons joué elbouhouch.[14]

Hay aɣemmes, ha tiqqaṛ.
Xiṛelleh wikk un nessin maykk nella neqqaṛ.

Voilà les noyades, voilà "tiqqar".[15]
Tant de gens ne savent pas ce que nous disons.

Nuṛaṛ tacurt aɣed biṣbul.
Neyyu xaluḍa aɣd uxlul.

Nous avons joué "tachourt"[16] et baseball.
Nous avons joué à "khalouda" et à "akhloul".[17]

Ṛṛbiε tuɣ ntessn i s rrfis.
Mikk nuzen ḥedd, ntekk as tcuffiss.

Le printemps se connaissait au "rfis"[18].
Quand nous envoyions quelqu'un, nous marquions le temps avec la salive.[19]

Wikk ittan cṛa, a ss nesmitey.
Mani tella lebcart, mani yella wzebbunzey ?

Nous rappellerons à celui qui oublie.
Où sont les cadeaux, où est "azeppounzey"[20] ?

Assu, lḥemdu lillah,
Nella neεlem lajenyuṛat,
Neεlem lmuḥamat,
Nella nebna lεimaṛat,
Neyyu lfirmat,
Nssuyur luṛḍinaṭuṛat,
Nexdem i lwiẓaṛat.

Aujourd'hui, Dieu merci,
Nous avons des ingénieurs,
Nous avons des avocats,
Nous avons des bâtiments,
Nous avons fait des fermes,
Nous utilisons des ordinateurs,
Nous travaillons dans des ministères.

Maɣer ? Linna necni nheddjeṛ
Ammen ala nɣeṛ nix an ntejjeṛ.
An ntec, nweffeṛ, nazen dd i wikk nella nedju l deffer.
Necni un nheddjeṛ ammen ala netter ula nacer.

Pourquoi ? Parce que nous émigrons
Pour étudier ou faire du commerce.
Nous consommons, épargnons et envoyons à ceux laissés derrière nous.
Nous n'émigrons pas pour mendier, ni pour voler.

Wenn iεlmen leflus
D wenn iεelmen alli
Ad msuṭṭufen fus ukk fus
Ad ṣennεen maykk un nelli.
Wikk iεawnen s bezzaff nix s ḍṛuṣ,
U-lli sa ss ikafa day Lεali. 

Celui qui possède de l'argent
Et celui qui a un cerveau
Doivent se tenir main dans la main
Et faire l'inexistant [l’impossible].
Qui aide avec tant ou peu
Ne sera récompensé que par Le Très-Haut.


 

[1] Composé suite aux luttes qui secouaient Figuig après les élections municipales de 1992.

[2] Variétés de dattes.

[3] Travail collectif solidaire non rémunéré.

[4] En saison très froide, les enfants cherchaient du verglas qu'ils léchaient.

[5] Taghla montagne au sud de la ville de Figuig. Beni-Ounif, un ksar qui faisait autrefois partie de Figuig. Il se trouve du côté algérien.

[6] Formule en usage dans certains jeux d'enfants.

[7] Deux jeux avec échiquiers constitués de 14 cases pour le premier et de 25 pour le second.

[8] Jeu féminin.

[9] Une variété de cache-cache se jouant en groupe.

[10] Jouet fait de la tige jaune d'un régime de dattes avec trois languettes pour produire une musique.

[11] Jeu pour enfants de bas âges.

[12] mmet, leεdad, axbaḍ, noms de jeux.

[13] Jeu d'enfants.

[14] Cache-cache en groupes.

[15] Jeu aquatique où l'on donne des coups de pied (talon) très violents à l'adversaire.

[16] Jeu inspiré du hockey américain.

[17] Des jeux d'enfants avec du sable. Xaluḍa, jeu où l'on dissimule des épingles ou des boutons dans le sable et on s'amuse à deviner où ils se trouvent. Axlul (morve), jeu ressemblant à celui du démineur. Il se pratique avec des noyaux de dattes et une ficelle.

[18] Repas tout blanc fait pendant le premier jour de Tifsa (le printemps).

[19] Petit jeu de marquage de temps avec la disparition d'une salive sur le sol.

[20] Cadeau offert à un enfant à qui sa mère a confectionné une nouvelle djellaba.

Année
1992
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